Réactions de Frogier & Martin après la déferlante C.E

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Les deux ténors Pierre Frogier du Rassemblement UMP et Harold Martin, actuel Président du Gouvernement, s’expriment dans les médias suite à la déferlante électorale qu’ils ont essuyé lors des élections Législatives. Des interventions riches en enseignement très intéressantes à lire et à écouter ci-dessous.

Intervention de Pierre Frogier sur Radio Rythme Bleu

Les interventions d’Harold Martin dans la presse

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Harold MARTIN invité du journal de RRB
mardi 19 juin 2012 – midi

Elizabeth Nouar – RRB : Au lendemain du second tour des élections législatives, un invité, dans ce journal, Harold Martin, président du gouvernement, bonjour.

Harold Martin : Bonjour.

RRB: Merci d’être avec nous. Monsieur le Président du gouvernement, bonjour. Sonia Lagarde et Philippe Gomès ont donc été élus députés de la Nouvelle-Calédonie, dimanche : 53,93 % des suffrages pour Sonia Lagarde face à Gaël Yanno, 52,54 % pour Philippe Gomès face à Jean-Pierre Djaiwé. Selon vous, quelle est la signification de ce scrutin, comment vous l’interprétez ?

Harold Martin : Moi, je veux être très clair sur ce sujet parce que j’entends beaucoup de commentaires depuis dimanche, et on ne dit pas la vérité aux Calédoniens. Je voudrais la dire : une élection législative est une élection politique, c’est-à-dire que tout le camp, pour être clair, qu’on appelle loyaliste, profite de l’élection présidentielle ou de l’élection législative pour marquer son attachement à la France. Et puis, du côté des indépendantistes, c’est pareil. Ils profitent de ce type d’élection politique pour dire qu’ils réclament l’indépendance, c’est ça. Et donc, les électeurs, quels qu’ils soient, d’un côté, comme de l’autre, se positionnent. Voilà, c’est très clair. Et donc, il faut dire que les loyalistes sont viscéralement anti-indépendance, et c’est épidermique. De l’autre côté, du côté des indépendantistes, c’est pareil. Cette élection, la signification, c’est qu’il y a une large majorité qui a voté contre l’indépendance, c’est-à-dire pour la France. Et la campagne de Philippe Gomès et de Sonia Lagarde a été très claire : ils ont bien communiqué, il faut le reconnaître. C’était quoi, leur campagne ? Elle a été simple, il y avait quatre thèmes. Un, le drapeau, c’est non. Deux, Rock Wamytan, président du Congrès, c’est non. Trois, un accord, comme nous l’avons fait, de gestion avec les indépendantistes, c’est non. Quatrièmement, pas d’indépendance-association. Ça, c’est ce que…, quand même, il faut dire que Philippe Gomès a un peu inventé ce troisième thème, il est sorti de je ne sais où. Paraît-il qu’il a un papier, ben, faudrait-il qu’il le produise. Bon, en tout cas, c’est non. Voilà, c’est très clair, donc, ce que je mesure bien, c’est qu’une large majorité s’est dégagée sur ces thèmes, c’est très clair, et que les indépendantistes ont perdu. La réalité du scrutin, c’est bien ça.

RRB : C’est ce qui fait que dans la deuxième circonscription, Philippe Gomès a bénéficié d’excellents reports, mais c’est un cas de figure que vous connaissez bien, puisque la seconde circonscription, vous-même, vous y aviez été candidat, il y a 5 ans. Vous aviez été battu à l’époque, vous aviez appelé au report. Et de la même manière cette fois-ci, les reports se sont très bien faits ?

Harold Martin : Il faut dire deux mots du report, parce que c’est frappant. Au premier tour, si on prend globalement, il y a pas un grand écart entre les forces du Rassemblement UMP et de l’Avenir ensemble et celle de Calédonie ensemble, puisque Philippe Gomès fait 23 mille voix sur l’ensemble, pas 25 mille comme il dit. Le Rassemblement fait 19 mille et quelque, quasiment 20 mille. Il n’y a pas un grand écart. Mais au second tour, il est frappant de constater qu’il y a un report total. On le voit bien, commune par commune, le report, il est à 100 %, plus la dynamique créée d’autres électeurs qui n’étaient pas venus au premier tour, qui sont venus au deuxième, et on voit que la participation a augmenté. Mais je suis frappé de voir qu’il n’y a pas plus de bulletins blancs que d’habitude. Et donc, le report a été complet. Et pourquoi le report a été complet ? Parce que la communication de Philippe Gomès a fait mouche, c’est-à-dire le drapeau, c’est non, Rock Wamytan au Congrès, c’est non, pas d’accord avec les indépendantistes. Et ils ont été élus, et c’est bien ça qu’il faut dire, parce que c’est la vérité absolue, ils ont été élus sur ces thèmes. C’est pas comme j’ai entendu à RFO, la vie chère, il ne faut pas plaisanter. Ils ont été élus sur ces thèmes.

RRB : Dans la première circonscription, le cas de figure était quand même très différent, puisqu’il y avait deux candidats non-indépendantistes. Alors, là, comment est-ce que vous expliquez la défaite de Gaël Yanno ?

Harold Martin : Parce que les choses, elle sont simples : le Rassemblement, force historique qui a fait d’abord la résistance pendant les évènements, qui a fait 88, qui a fait 98 avec les indépendantistes, le Rassemblement, avec Pierre Frogier, a fait des propositions que l’on connaît bien, pour avancer, puisqu’il faut bien trouver des solutions avec les indépendantistes, il faut bien négocier la sortie de l’Accord de Nouméa. Philippe Gomès est allé dire que c’était non sur le drapeau, etc., et l’ensemble des Calédoniens ont suivi. Je vous dis, les loyalistes sont viscéralement anti-indépendantistes ou anti-indépendance, et c’est épidermique.

RRB : Vous avez soutenu la stratégie du Rassemblement UMP, les deux drapeaux, le partage des responsabilités avec notamment l’UC et le Parti travailliste, l’élection de Rock Wamytan à la présidence du Congrès. C’est une stratégie que vous assumez toujours aujourd’hui, au lendemain de ces élections ?

Harold Martin : Je vous remercie de cette bonne question, parce que ça va me permettre d’être très clair. Vous savez, moi, je suis un vieux, mine de rien. Moi, j’ai fait la résistance, aux côtés de Jacques Lafleur et de Pierre Frogier, ça a été long, vous savez, ça a duré 8 ans, 80-88. Ensuite, aux côtés de Jacques Lafleur, avec Pierre Frogier, on a fait 1988, on a fait 1998. On sait bien qu’il faut s’entendre, que nous sommes condamnés à s’entendre. Alors bien sûr que pour nous, l’indépendance, c’est pas possible. Pierre Frogier, comme moi, on le sait bien : l’indépendance n’est pas possible. Il ne s’agit pas d’aller vers l’indépendance, qui serait la ruine de la Nouvelle-Calédonie, je l’ai suffisamment dit, j’ai donné suffisamment de chiffres, etc. Mais il faut bien trouver des formules. Au vu de notre expérience, l’un et l’autre, Pierre Frogier a fait des propositions, je les ai suivies parce qu’il faut trouver des voies et moyens de s’entendre. Mais maintenant, il est clair que le peuple calédonien, pour reprendre une expression chère à Philippe Gomès, a tranché. Il y a le verdict des urnes. Eh bien moi, président du gouvernement, je suis un démocrate (manquant, le mien, les loyalistes?), il a parlé. Je suis obligé de prendre en compte ce que les Calédoniens ont dit. Moi, je ne vais pas contre l’avis des miens, les Calédoniens ont été clairs, maintenant, c’est la voie à suivre.

RRB : Ça veut dire plus de dialogue avec les indépendantistes ?

Harold Martin : On va voir ce que Philippe Gomès, qui est l’auteur de ces thèmes de campagne électorale, c’en est lui l’auteur, il a bien été, je vais être très clair, il a bien été élu sur ces thèmes : pas de drapeau, pas de Rock Wamytan au Congrès, pas d’accord avec les indépendantistes. Les thèmes étaient très clairs. Philippe Gomès, je l’ai toujours dit, il communique très bien, il a du talent pour ça. Sa communication est bien passée, elle a été entendue par les Calédoniens qui ont voté au premier tour et massivement au deuxième tour. Report complet. Moi, je fais partie d’un camp, je suis clair, je ne suis pas indépendantiste, je ne suis pas prêt de l’être, eh bien maintenant, il faut assumer.

RRB : On a aussi entendu Philippe Gomès dire, notamment hier soir, vous avez dû l’entendre, qu’il était pour le dialogue avec les indépendantistes avant que ce soit à la mode, pour reprendre sa formule, et il semble qu’il ait déjà pris contact avec Paul Néaoutyine et le Palika.

Harold Martin : J’ai bien noté qu’il disait que c’était devenu la mode de parler avec les indépendantistes. Non, franchement, je veux bien que, quand on gagne une élection, on peut toujours en rajouter un peu, mais celui qui a négocié et discuté avec les indépendantistes, c’est Jacques Lafleur. C’est pas d’hier, ça a commencé avant 1988. C’est lui, et c’est lui, d’ailleurs, Jacques Lafleur, qui a donné ce rythme de travailler ensemble. Et d’ailleurs, ça a donné quoi ? Il ne faut pas que les Calédoniens l’oublient, quand même ! C’est que ça a donné 23 ans de paix, de stabilité en Nouvelle-Calédonie, et de développement. Ça, c’est la réalité. Philippe Gomès peut nous dire ça aussi aujourd’hui, mais le verdict des urnes, il est clair : pas de drapeau, pas de Wamytan à la présidence du Congrès, pas d’accord avec les indépendantistes. Bien sûr qu’il faut en parler dans nos institutions avec les indépendantistes, mais ce n’est pas le fond de l’affaire. Le fond de l’affaire, c’est les thèmes de Philippe Gomès que les Calédoniens ont validés, ils ont bien validés. Moi, j’ai bien entendu, pendant des mois et des mois au gouvernement, que, c’était Philippe Gomès lui-même qui le disait, qu’il fallait respecter le verdict des urnes, qu’on ne pouvait pas tromper les Calédoniens et quand le Calédonien dit, il fallait le faire. Le résultat, il est net et implacable, c’est-à-dire que les loyalistes ont dit très clairement les choses, et les indépendantistes ont perdu. La réalité, il ne faut pas se la nier, c’est celle-là. Est-ce qu’aujourd’hui, vous trouverez un Calédonien qui a voté pour Philippe Gomès au premier tour ou au deuxième tour, et qui regrette son vote ? Pas du tout. Donc, il faut mettre en oeuvre. Vous me dites que Philippe Gomès a pris contact avec Paul Néaoutyine, oui, je le sais et j’attends qu’il prenne contact avec nous, puisqu’il veut retrouver des places dans nos institutions, eh bien, oui, il est élu aujourd’hui député, Sonia Lagarde est élue député aussi, il faut le prendre en compte. Évidemment, c’est la volonté de notre camp et de ces milliers de Calédoniens qui ont voté. Et même si la participation a été évidemment moins forte, elle a quand même été au-dessus de la barre de 50 %, donc, voilà.

RRB : Est-ce que ça veut dire qu’à votre avis, on abandonne, aujourd’hui, l’idée de la recherche d’une solution consensuelle, qu’on dit délibérément : on va au référendum, aux trois référendums prévus dans l’Accord de Nouméa ?

Harold Martin : Je vous ai parlé de la signification de ce jugement. J’ai dit des choses, elles sont claires. Maintenant, il faut bien voir les conséquences. Les conséquences, c’est quoi ? C’est que tous ceux qui, comme Pierre Frogier, comme moi, se sont évertués à essayer de trouver des solutions, dès 2014, pour la sortie de l’Accord de Nouméa, ça, c’est fini. Et alors là, c’est fini, si je puis dire, c’est 100 % des électeurs qui le disent. 100 %, pourquoi ? Parce que j’ai bien entendu la campagne de Jean-Pierre Djaiwé, notamment quand vous l’avez interrogé. Il a bien dit quoi ? On va au premier référendum, au deuxième référendum, au troisième référendum. C’est clair ! Mais Philippe Gomès, c’est bien ce qu’il a dit aussi, et puis on le voit bien. Ça, c’est la conséquence, aujourd’hui, les Calédoniens qui sont largement majoritaires et qui veulent rester dans la France, ce qu’on appelle les loyalistes, ils ont bien dans l’idée d’aller au référendum pour que les choses soient claires. Si vous voulez, maintenant, le coup, il est parti, c’est ainsi. C’est une nouvelle période qui s’ouvre à la Nouvelle-Calédonie, qu’il va falloir effectivement assumer.

RRB : Même si on sait qu’un référendum, a fortiori, trois référendums couperets, ça n’apporte pas forcément de solution ?

Harold Martin : Ça, Jacques Lafleur l’a dit depuis 1988 et il l’a répété tous les jours. Je constate que les Calédoniens sont d’un avis contraire. Mais les responsables politiques que nous sommes, et moi, le président de gouvernement, je suis bien obligé de tenir compte de ce que disent les Calédoniens. Et puis, alors là, il n’y a pas de doute à avoir, ils le disent à 100 %, aussi bien les indépendantistes, que les non-indépendantistes. Les choses sont infiniment claires. Vous me direz, Elizabeth, les Calédoniens pourront toujours changer d’avis, il y aura d’autres élections. La prochaine élection législative, c’est en 2017. Ils pourront changer d’avis en 2017, mais aujourd’hui, c’est ça. Donc, ça veut dire très clairement qu’il n’y a plus de discussion. Le comité qu’on a mis en place avec l’État, pour justement rechercher des conditions de la sortie, vous savez, on a des experts et on se réunit très clairement au haussariat. J’en parlais ce matin avec le président du Congrès, puisque nous animons ce comité, on a constaté tous les deux qu’il n’y avait plus aucune raison de se tenir, c’est fini, cette page-là est tournée.

RRB: Les trois comités de pilotage mis en place par le comité des signataires en 2010 vous semblent avoir vécu, en tout cas, sur l’avenir institutionnel ?

Harold Martin : Sur les trois, on peut encore s’interroger, mais celui de la négociation sur l’avenir, celui-là, il est fini. C’est une décision, vous l’avez rappelé, du comité des signataires. Je sais bien. Mais, comme le comité des signataires, il n’a pas changé d’avis. Mais j’entends madame Lagarde et monsieur Gomès dire que le comité des signataires devra se réunir au plus vite, selon eux, pour l’affaire du drapeau. Donc, je comprends quoi ? Que le comité des signataires peut changer d’avis par rapport à ce qu’il a fait. Il faudra quand même interroger l’État socialiste, qui aura peut-être une autre vision des choses.

RRB : À votre avis, inscrire la question du drapeau, et en l’occurrence de la recherche d’un drapeau commun au comité des signataires, c’est quelque chose qui vous semble possible, étant donné la composition du comité des signataires ? C’est le premier point du programme de Philippe Gomès et de Sonia Lagarde.

Harold Martin : D’abord, il est clair, et je le redis, il y a une majorité, dans ce pays. Cette majorité, elle est personnifiée par Philippe Gomès et Sonia Lagarde pour dire : on veut du drapeau commun, et surtout, c’était bien ça le thème de leur campagne électorale, on ne veut plus du drapeau indépendantiste. J’ai bien entendu madame Lagarde dire : on va relancer la commission au Congrès pour discuter sur le drapeau commun. Moi, je prends bien acte de la volonté de la majorité des Calédoniens. Mais après, il ne faut pas commencer à tromper les Calédoniens. C’est pas une commission du Congrès qui va durer des lustres qui va faire quoi que ce soit. Il y a une volonté contre ce drapeau indépendantiste. Eh ben, il faut en parler. Donc, la première question à se poser, c’est de ne pas savoir si on va faire un drapeau commun, c’est de savoir lequel on descend. Il y en a deux, de drapeaux. Le drapeau commun, il y en a un en trop. Donc, la première question à se poser, c’est de savoir quel drapeau on descend, lequel on descend ? Il y en a deux, il y en a un de trop, alors lequel on descend ? Ça commence come ça, c’est la première des questions auquel il va falloir répondre. Ce sera à Philippe Gomès à prendre des initiatives en ce sens, voilà.

RRB : Et dans les institutions maintenant, vous y faisiez allusion, Philippe Gomès annonce d’abord qu’il va démissionner du gouvernement que vous présidez, vous vous y attendiez, à cette démission ?

Harold Martin : Alors, il l’a dit, je le remercie de l’avoir dit, parce que, s’il l’avait pas dit, je lui aurais proposé. Oui, parce que, quand même, il y a des règles. Vous savez, là, j’ai bien comptabilisé, ça fait dix fois de suite, on se réunit chaque semaine, dix fois de suite, donc, ça fait dix semaines, que Philippe Gomès n’est pas venu au gouvernement. Non seulement à la séance hebdomadaire du gouvernement, mais également à la réunion de collégialité, et puis il était en campagne électorale, il a eu tout son temps pour faire une campagne que je reconnais brillante. Oui, mais, quand on est membre du gouvernement, on n’est pas là pour faire de la politique, il faut assumer. Vous savez, il a un poste très important au gouvernement, c’est-à dire qu’il est chargé de l’ensemble des transferts de compétences, c’est pas rien. Compétences sur le droit commercial, compétence sur le droit civil, etc., c’est lui qui en est chargé. Il ne s’en occupe nullement, pas une fois. Donc, moi, je suis obligé de le faire à sa place, mais j’ai d’autres choses à faire aussi, en tant que président. Donc, la tâche devient trop lourde. Et puis, bon, enfin, il y a des règles, c’est-à-dire que quand on est au gouvernement, on doit travailler, on a été élu pour ça, comme dirait l’autre, on a été payé pour ça. Et puis ensuite, Philippe Gomès a des collaborateurs, ça a été un débat au gouvernement, neuf collaborateurs sur les trois membres du gouvernement Calédonie ensemble. Ces neufs collaborateurs, je constate que tous ces derniers temps, ils n’ont jamais oeuvré pour le gouvernement, mais ils ont fait que de la politique. Je sais que des fois, il y a un peu des largesses avec les règles, mais enfin, il faut arrêter ça. Vous savez, j’ai été frappé d’entendre Jean-Pierre Djaiwé, ou un des siens, le soir des élections, dire qu’il y avait eu une très forte participation parce que les bus de la commune avaient été chercher les électeurs. Je sais bien qu’il y a pas de transports publics à Hienghène, c’est difficile de se déplacer, mais enfin, il y a des règles. Vous savez, ça, ça vaut l’annulation d’une élection, oui, oui ! Quand même, il faut pas exagérer quoi. Les communes n’ont absolument pas le droit de financer des bus pour aller chercher les électeurs, ça n’existe pas ça.

RRB : Pour en revenir au gouvernement, Calédonie ensemble réclame, depuis des mois, une nouvelle répartition des secteurs, en se plaignant de ceux que vous leur avez attribués. Est-ce qu’avec cette démission de Philippe Gomès, et donc, la nomination d’un nouveau membre Calédonie ensemble au sein du gouvernement, vous allez répartir à nouveau les secteurs et éventuellement leur donner des responsabilités qui correspondent plus à ce qu’ils réclament ?

Harold Martin : D’abord, ce qu’il faut dire, c’est que, bien sûr, le rôle de Philippe Gomès n’est plus au gouvernement. Je rappelle que Philippe Gomès a été élu député, le député, il doit s’occuper de quoi ? Des destinées de la Nouvelle-Calédonie, et ça, ça se passe à Paris. La vie chère, c’est ici, à Nouméa. Mais le rôle du député, c’est de s’occuper des destinées de la Nouvelle-Calédonie, de son avenir, donc, c’est un travail, effectivement, de la plus grande importance. Donc, bien sûr, il peut plus être au gouvernement. Maintenant, je pense que Philippe Gomès, ayant été élu député, ainsi que madame Lagarde, ben, la crise est passée, on va pouvoir s’entendre. Mais, je vois bien aussi que dans le résultat des urnes, et notamment le report du second tour qui a été, on l’a dit, au complet, c’est que les Calédoniens aussi ont une volonté, les loyalistes, que nous travaillons tous ensemble, c’est ce que ça veut dire aussi. Ça, c’est ce que…, c’était pas dans la campagne de Philippe Gomès, mais, c’est ce que j’en extrais, c’est aussi une des significations, voilà. Donc, il faut prendre tout ça en compte. Moi, je suis ouvert, j’attends que Philippe Gomès fasse des propositions, voilà.

RRB : Quand il réclame d’être associé davantage à la gestion locale, c’est sous quelle forme, à votre avis, à quel poste, est-ce qu’il y a une possibilité qui peut être envisagée ? Vous attendez que lui-même fasse une…

Harold Martin : Oui, ben, j’attends qu’il fasse des propositions. Mais, c’est vrai que les sujets qu’il a développés, pendant sa campagne électorale, je le redis, pas de Rock Wamytan, ou pas d’indépendantiste président du Congrès, pas d’accord avec les indépendantistes, pas de drapeau, ça, c’est quand même des considérations locales. Il faut bien que Philippe Gomès puisse faire avancer ces sujets, puisque les électeurs en ont décidé ainsi, ça, ça se passe localement. Donc, faut-il aussi qu’il ait des responsabilités dans les institutions locales, bien entendu.

RRB : Merci Harold Martin pour cette analyse et ces précisions, 48 heures après le second tour des élections législatives en Nouvelle-Calédonie. Merci.

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Retranscription du Journal Télévisé de NC 1ère
Mardi 19 juin 2012

Nadine Goapana – NC 1ère : Je reçois Harold Martin, président du gouvernement et leader du groupe Avenir ensemble, bonsoir.

Harold Martin : Bonsoir.

NC 1ère : Alors, Calédonie ensemble, première force politique du pays, avec deux élus députés maintenant, élus au suffrage universel. N’est-ce pas, là, une sacrée gifle, un camouflet, un sérieux avertissement porté au Rassemblement UMP et à l’Avenir ensemble, dont vous êtes partenaires ?

Harold Martin : Alors, les élections législatives, ce sont des élections politiques, et les Calédoniens se positionnent pour la France ou pour l’indépendance. Ces élections ont montré, très clairement, que Philippe Gomès et Sonia Lagarde ont gagné ces élections sur des thèmes très précis. Ils ont bien communiqué. Leur communication, c’était : le drapeau indépendantiste, non, un indépendantiste président du Congrès, non, de s’entendre avec les indépendantistes pour diriger le Congrès et le gouvernement, non, et les discussions pour 2014, non, et retour au référendum de 2018. Les choses, elles ont été claires, les Calédoniensont voté, ils ont été correctement élus, confortablement élus, et il appartient désormais d’en tenir compte.

NC 1ère: Alors, selon vous, pourquoi les électeurs n’ont pas voté pour vos candidats ?

Harold Martin : À cette question, vous savez, moi, j’ai été élu en 2009, aux élections provinciales, ainsi que Pierre Frogier. J’ai reçu mandat de trouver une solution pour les Calédoniens, c’est-à-dire, à partir de 2014, pour la sortie de l’Accord de Nouméa. Ce que nous avons fait, c’est-à-dire, les initiatives de Pierre Frogier que, moi, effectivement, j’ai soutenues.Philippe Gomès a toujours dit non, il a refusé. Il a dit que c’était le peuple qui devait décider, ben, là, le peuple, il a tranché, ce qui veut dire très clairement, c’est qu’une page est désormais tournée, une nouvelle politique devra démarrer. Non au drapeau, non à un accord avec les indépendantistes, non à un indépendantiste président du Congrès, non aux discussions et il faut bien le comprendre, maintenant, nous irons au référendum de 2018, puisque, là, c’est 100 % des électeurs qui le disent, puisque monsieur Jean-Pierre Djaiwé, dans sa campagne, a dit, il nous faut aller aux référendums en 2018, et le faire une fois, deux fois, trois fois s’il le faut. Les choses sont claires. Donc, moi, j’en prends acte et le président du gouvernement que je suis, je dois en prendre acte. Moi, je suis un démocrate, je respecte le verdict des urnes, et surtout le verdict des urnes qui me concerne, de mon camp, donc, j’en prends acte, ce sera une nouvelle politique.

NC 1ère: Nouvelle politique, comment ça va se traduire au gouvernement ?

Harold Martin : Ah ben, maintenant, il appartient à Philippe Gomès de prendre des initiatives. Ce sont, je l’ai dit…

NC 1ère: Il a annoncé qu’il allait démissionner.

Harold Martin: Du gouvernement, il doit prendre des initiatives. S’il souhaite avoir un poste dans nos institutions, eh bien, il le demandera et on le lui donnera. Si, par exemple, Philippe Gomès souhaite être président du gouvernement, je lui laisserai la place, il l’a gagnée aux élections, c’est normal. Vous savez, la situation s’est produite en 2007. En 2007, nous, l’Avenir ensemble, nous étions majoritaire, Pierre Frogier a gagné les élections, il a souhaité réintégrer les institutions, avoir un poste à responsabilité, je lui ai donné. Ce qui m’a valu d’ailleurs des difficultés avec Philippe Gomès, parce que c’est comme ça que l’Avenir ensemble s’est divisé. Mais ça, c’est le passé, n’en parlons plus. Moi, je suis un démocrate, donc, Philippe Gomès a gagné, ainsi que Sonia Lagarde, qu’il nous demande ce qu’il souhaite, moi, je le ferai en tout cas.

NC 1ère: Sur le Congrès, quelle modification peut avoir du coup ces résultats des législatives ? Est-ce que, du coup, on n’aura pas, du fait de cette nouvelle politique dont vous nous avez parlée, un représentant, un candidat indépendantiste au perchoir ?

Harold Martin : Vous savez, le verdict des urnes s’impose à tous. Les Calédoniens qui sont pour la France sont viscéralement anti-indépendance. Ils l’ont montré, ils sont largement majoritaires. C’est deux tiers pour la France, un tiers pour l’indépendance. Ce verdict, il s’applique à tout le monde. Donc, comme nous allons renouveler le président du Congrès au mois de juillet, il est clair que nous devrons, nous, en tout cas pour moi, en ce qui me concerne, j’ai bien entendu le verdict des urnes, pas d’indépendantiste à la présidence du Congrès.

NC 1ère: Merci Harold Martin d’avoir répondu à nos questions.

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Conseil territorial de l’Avenir Ensemble
RRB – vendredi 22 juin 2012 – matin

RRB : L’Avenir ensemble qui a réuni, hier soir, son conseil territorial au dock socioculturel de Paita. L’objectif du leader du mouvement, Harold Martin, est clair : il faut respecter le verdict des urnes, après le second tour des élections législatives et l’élection des deux députés Calédonie ensemble, et donc, analyser la donne politique après ces élections pour en tirer les conséquences, ce qui nécessite, dit-il, des explications avec les militants :

Harold Martin : La ligne de l’Avenir ensemble, elle est à l’opposé de la campagne électorale de Philippe Gomès, à l’opposé. Nous disions tout le contraire. Cette ligne politique, elle est de 2007, et en 2007, Philippe Gomès disait comme nous. En 2012, il a changé complètement sa ligne, nous, nous ne l’avons pas changée. Mais, il y a la réalité du scrutin et de la volonté des Calédoniens. Dans nos assemblées politiques, Philippe Gomès ne pourra pas mettre son programme en place si le Rassemblement, comme nous, si nous ne sommes pas d’accord. Il faut qu’on tienne compte du verdict des urnes et ce pour quoi les Calédoniens ont voté. Moi, je l’ai dit, il y a des choses que je ne ferai pas dans ce pays, parce que je ne veux pas être responsable de ce qui se passera. La question va se poser très rapidement, puisque Philippe Gomès demande la réunion du comité des signataires avec, à l’ordre du jour, point numéro un, le drapeau. Avant de parler du drapeau commun, il faut savoir lequel on descend, parce qu’on en aura trois de drapeaux. Il faudra en redescendre un. Donc, c’est lequel qu’on descend. Et puis, deuxièmement, nous avons la question de l’élection du président du Congrès. Nous, le président du Congrès, on l’a élu. Maintenant, il faut attendre les consignes de Philippe Gomès.

RRB : Et notez que plus de 200 militants de l’Avenir ensemble avaient fait le déplacement pour assister à ce conseil territorial.

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Créateur le 18 octobre 2006 du blog Calédosphère, Franck Thériaux est papa à temps plein d'une petite fille née le 1er Juin 2012. Selon son entourage, il passe beaucoup trop de temps sur internet… Membre émérite de la rédaction, il vit aujourd'hui en métropole après 23 belles années passées sur le Caillou. Il est en contact quotidien avec l’équipe et continue à participer à la vie de son « bébé numérique »
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Eric
Elsa, ah Elsa… Toi t’es la plus drôle avec ta petite Nation dans la Grande… Petite Nation dans la grande = Indépendance selon toi… Ma pauvre ami, cette formule est celle de Jacques Lafleur et elle date 1977, du 17 avril 1977. Tu peux la retrouver dans son manifeste qui est devenu la charte du RPC…!!! « Disons-le tout net, nous refusons fermement et combattrons toute action ou tentative visant à faire primer la notion de race ou de couleur de peau sur celle de nation. Nous constituons une collectivité pluriraciale au dosage harmonieux, véritable petite nation au sein se… Read more »
Eric
Deux semaines, voilà deux semaines que les Calédoniens ont voté et voilà deux semaines que la coalition n’a toujours pas accepté le verdict des urnes… La défaite est rude, c’est certain, mais il y a fort à penser que c’est bien le sentiment de rejet des choix et des méthodes pour y arriver qui ont été sanctionné… Deux ans et demi que les électeurs n’avaient pas eu la possibilité de s’exprimer sur les choix de leurs élus… Voilà c’est fait, le double drapeau comme çà c’est non. Et plus largement le destin commun en dehors des ADN c’est non !!!… Read more »
Eric

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Eric

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Rigoberto

Les Dalton sont quatre, Avrel c’est Gomès et Rantanplan c’est Michel ?

vote
Extrait P. NEAOUTYNE dans LNC du vendredi 29 juin 2012. LNC: La déroute du Rump aux législatives est donc bien plus qu’un revers électoral ? NEAOUTYNE: Il suffit de remonter dans le temps pour voir que l’électorat du RPCR et du Rump ensuite, est en chute libre. La responsabilité en revient aux cadres et dirigeants. Il ne faut pas traiter les gens d’attardés, ou dire qu’il n’y aurait pas eu d’évolution des mentalités. Alors que c’est exactement le contraire. Ils ont perdu tant de terrain après avoir toujours fait peur sur le rééquilibrage ou l’usine du Nord… Et bien les… Read more »
Rigoberto

Dans « Les infos » du 29 juin:

Néaoutyne a déclaré « Gomès est allé trop loin, notamment avec le drapeau Kanak et l’indépendantiste au Congrès ».

Islandman

Et puis ? Qu’est-ce que ça change ?
Ça flatte votre haine du RUMP mais ça ne change rien à la campagne raciste et anti-kanak de Gomés…
Pour les indépendantistes, la droit locale se retrouve sur l’essentiel et il y a une unité retrouvée face à elle…

Rigoberto

GOMES VOUS A BIEN MENTI !!!!!!!!!!!!

Hier soir au JT d’RFO Gomès depuis Paris nous annonce que le drapeau Kanak ne redescendra pas.

Il n’a pas prononcé le nom de drapeau commun.

Le drapeau commun est bien le plus gros mensonge électoral de ces législatives.

Gomès a eu ce qu’il voulait, le poste de député et l’immunité qui va avec.

Les électeurs peuvent aller se brosser, le drapeau commun ils pourront se le foutre au ….

Merci Gomès.

Rigoberto

Gomès a donc déclaré que le drapeau Kanak devait rester a coté du drapeau français.

Reste plus qu’à le monter à la mairie de La Foa et il pourra réoccuper son poste de Président du Gouvernement.

Tout çà pour çà…..

Eric

Rigo, Gomes a juste dit que son souhait c’était le drapeau des ADN comme l’ont demandé les Calédoniens, rien de plus…
La question n’est pas de vouloir descendre le drapeau du front, mais bien de monter celui de la NC…

La boulette de PF restera une boulette, un grand pas pour les indépendantistes, mais une boulette au regard des ADN…

Fredy Gosse

clakounette sort de ce corps

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Ce sont les frères Dalton (Pétélo, Martin et Gay) contre Lucky Lucke (Gomes) !

movieworld

qui est averel ??? qui est joe ???
c’est toujours luke qui gagne non ???

Eric

2

Omega

1 et demi

vote

Attention, la DUS arrive… et met en garde CE.

en comptant combien pèse la DUS http://madoy-nakupress.blogspot.com/2012/06/communique-de-presse-de-la-dynamik.html

Pas aussi représentatif que le score du candidat Richard Sio aux 1er tour des législatif.

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