Les fausse bonnes préoccupations économiques

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Les élections arrivent à grands pas et les états-majors politiques se démènent pour occuper le terrain. Il s’agit bien de se faire voir et de faire acte de présence au moindre petit événement qui soit… car du côté des idées ou du débat politique…c’est plutôt, morne plaine.

Les partis de droites sont arque boutés sur un discours anti indépendance et pro France stéréotypé, dont le corollaire est : sans les 140 milliards de la France, point de salut pour les « nouzotes ».

La litanie maintes fois assénée en devient lassante, voir abrutissante. Elle relève de l’auto persuasion, ou plutôt de l’autisme politique, de la politique de l’autruche… en fait, beaucoup de déclinaisons locales peuvent être attribuées à ce syndrome calédonien. On se rassure avec un immense miroir aux Alouettes et l’on continue à mener grand train en utilisant les deniers publics de façon dispendieuse, comme si nos ressources étaient inépuisables. Pas besoin de se préparer à des temps plus difficiles, la France est toujours là, avec ses 140 milliards et maintenant on a trois « nuzines » !

La réalité est beaucoup plus complexe que cela. Si tant est que nous puissions disposer des 140 milliards de la France encore longtemps, la vérité est qu’ils seront largement insuffisants dans les années à venir, pour permettre à la Nouvelle-Calédonie de conserver le même train de vie et d’assurer à ses habitants le même niveau de prestations publiques. Quant à nos usines, elles sont encore loin de la pleine production et leur rentabilité attendue reste à confirmer dans une industrie mondiale très compétitive.

Les modélisations financières effectuées dans le cadre des travaux de Nouvelle-Calédonie 2025 le démontrent sans ambiguïté. Dans les 15 ans qui viennent, les besoins supplémentaires en matière de recette fiscales seront de l’ordre de 350 milliards par an. Vous lisez bien… 350 milliard par an, en plus des 300 actuellement levés en recettes fiscales et sociales locales et bien sûr, en plus des 140 milliards de la France.

Deux facteurs principaux sont en cause. Le premier concerne les dépenses publiques qui s’élèvent aujourd’hui à 280 milliards par an et qui, si elles suivent le même rythme de progression, atteindront 480 milliards en 2025. Le deuxième, concerne les besoins de couverture des prestations sociales, qui du fait du vieillissement de la population, doubleront pour atteindre 300 milliards par an en 2025. Ne parlons pas à ce stade de l’augmentation de nos autres besoins liés à l’évolution de notre démographie, notamment ceux en matière de formation et d’éducation. Enfin, ne soyons pas trop techniques et n’abordons pas le sujet du gel des transferts financiers de la métropole, qui sous l’effet de l’érosion monétaire, ne feront que diminuer en valeur relative dans le temps…

Quelle réponse apporte-t-on à cela ? Un peu de vie chère par ci, une réformette fiscale par-là, ou encore la rengaine d’un projet de fonds souverain basé sur une stratégie nickel chancelante, répondant plus aux intérêts particuliers de certains opérateurs, qu’à ceux de la Nouvelle-Calédonie toute entière. Rien de bien concret, rien de très cohérent et pas de vision globale de la problématique, ni de la stratégie qu’il conviendrait de mettre en place, pour y apporter des réponses.

La question n’est pas de savoir, si en essayant de construire son indépendance économique, la Nouvelle-Calédonie se rapprochera de l’indépendance tout court ! Certains esprits simplistes aimeraient bien nous le faire croire. Non, le défi économique majeur de la Nouvelle-Calédonie est d’organiser les conditions de la réduction de sa dépendance, pour qu’elle puisse assurer elle-même la majeure partie de la charge de ses besoins futurs en matière de finances publiques, quel que soit son futur destin politique. Le challenge qui se présente à nous, est de financer l’augmentation de nos besoins, en générant suffisamment de croissance économique pour produire la recette fiscale adéquate dans les années à venir.

Un constat s’impose alors. Traditionnellement la Nouvelle-Calédonie s’appuie sur trois piliers de croissance pour générer ses recettes : les transferts financiers de la métropole, la croissance nickel et la consommation des ménages. Hors, à bien y regarder, les perspectives de croissance de ces trois piliers ne sont pas particulièrement enthousiasmantes, pas suffisantes en tous cas, pour financer nos besoins de recettes supplémentaires.

1. Les dotations financières qui accompagnent les transferts de l’état sont appelées à être gelées dans le temps. Cela veut dire que les 140 milliards resteront toujours 140 milliards, mais qu’ils ne suffiront bientôt plus à couvrir nos besoins croissants, en particulier si nous continuons à dépenser au rythme actuel.

2. En matière de croissance nickel, il est important de tempérer les enthousiasmes. Tout d’abord parce que les nouveaux projets bénéficient d’un régime d’exonération fiscale quasi-total pour une période de 15 à 20 ans. Et que finalement, l’excédent de croissance nickel en termes de recettes fiscale, ne proviendra que de l’activité indirecte générée par les deux nouveaux projets. Ce qui ne sera déjà pas si mal en soi, à la condition toutefois que nos usines tournent à plein et qu’elles restent compétitives, dans un environnement concurrentiel international féroce, dans lequel la structure des coûts élevés du pays ne pourra pas toujours être compensée par la qualité de son nickel. En tout état de cause, les recettes fiscales directes, indirectes et induites, générées par les deux nouveaux projets, ne seront pas suffisantes pour couvrir nos besoins de recettes supplémentaires.

3. Le troisième pilier de la croissance, le plus important en termes de contribution au Produit Intérieur Brut (63% d’après l’IEOM), porte en lui un handicap structurel majeur : celui de la répartition des richesses. La Nouvelle-Calédonie détient presque le record d’une double sinistre performance. C’est le deuxième, ou le troisième pays le plus cher au monde à l’indice Big Mac, qui mesure la parité de pouvoir d’achat entre les différents pays. C’est le deuxième pays le plus inégalitaire au monde après Singapour, en termes de répartition des richesses (sources NC 2025), selon la mesure de son rapport inter quintile, qui représente le ratio entre les 20% de la population les plus riches et les 20% les plus pauvres. Autrement dit, la consommation des ménages, traditionnel moteur de la croissance calédonienne, va manquer cruellement de pouvoir d’achat dans les années à venir et ne sera pas non plus, à l’instar des deux piliers précédents, en mesure de générer les recettes fiscales supplémentaires nécessaires au pays pour assurer ses besoins de croissance.

Que faire alors ? Là encore, les travaux du Schéma d’Aménagement et de Développement de la Nouvelle-Calédonie, plus connu sous l’appellation de NC 2025, offrent un certain nombre de perspectives que nous n’évoquerons que très brièvement. Tout d’abord, la réponse ne peut pas se trouver dans une vision ou une politique unidimensionnelle. La stratégie doit être globale pour être cohérente et les leviers d’action multiples.

En premier lieu, il faut réduire le montant de la dépense publique… somptuaire pour un pays possédant aussi peu de recettes propres. Le MEDEF s’est récemment inquiété de cette situation. Il faut optimiser la recette nickel, pour investir la majeure partie des retombées des participations calédoniennes au capital des différentes sociétés nickel, dans un fonds souverain. Autrement dit, « il faut faire passer le nickel de la mine, à la banque ». Et de grâce, arrêtons cette hypocrisie d’un fonds pour les générations futures. La Nouvelle-Calédonie aura besoin de ce Fonds dans les dix à quinze années à venir (voir modélisations effectuées par NC 2025). Le fonds souverain doit dans un premier temps, nous aider à passer ce cap. Enfin, il faut réformer l’économie calédonienne en profondeur, pour la rendre plus compétitive et plus équitable. Cela ne veut pas seulement dire une réforme fiscale, mais aussi, plus de concurrence, une meilleure répartition des richesses, une meilleure productivité, relancer la croissance par la consommation, investir dans la recherche et l’innovation, aider au financement des TPE-PME, simplifier l’environnement normatif et administratif, accompagner les filières de développement stratégique, … tout simplement mettre en place une véritable stratégie économique en partant d’un diagnostic partagé et en collaborant avec l’ensemble des acteurs économiques et sociaux. Cela ne marchera pas si tout le monde ne s’y met pas !

Enfin, il faudra bien un jour se pencher sur la centaine de milliards de francs qui chaque année quitte la Nouvelle-Calédonie et qui ne participe pas au développement de son économie. Si l’on regarde les choses cyniquement, on peut dire que le cocu dans l’affaire…c’est l’Etat. Il met 140 milliards d’un côté (l’essentiel des nouvelles liquidités injectées chaque année dans l’économie calédonienne) et il voit s’envoler 100 milliards de l’autre côté…Certains esprits simplistes pourraient même dire que la contribution nette de l’Etat en Nouvelle-Calédonie n’est que de 40 milliards par an, mais nous n’irons pas jusque-là !

Laurent Chatenay

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papynet
Pendant que les questions économiques et financières commencent à intéresser certains , ce qui veut dire que la réalité semble être admise,la fuite en avant politique ‘s’exacerbe pour cause de prébendes électorales Quand les syndicats demandent Plus alors qu’il faudrait moins , ‘ils semblent être en passe d’obtenir l’intolérable pour le devenir économique de l”île la seule possibilité d’un avenir réaliste serait de supprimer tous le statuts de la fonction publique pour en faire des employés comme les autres ,Martine a annoncé l’inverse… l’indexation ne peut se faire qu’à 33% ;les employés débutant devraient débuter à cette hauteur là et… Read more »
Sagamore

Qui a signé l’exonération fiscale des sociétés minières pendant 15 ou 20 ans ?
Combien ce signataire a-t-il touché sous la table à titre personnel ?…
Ce type* est-il encore en fonction ? L’entend-t-on parfois sur RRB ?
(Va-t-on donner son nom à l’hypothétique aérodrome du dépotoir municipal ?)

(*Lui ou le parti auquel il appartient…)

Mister Eric

“il faudra bien un jour se pencher sur la centaine de milliards de francs
qui chaque année quitte la Nouvelle-Calédonie et qui ne participe pas
au développement de son économie.”
———-
Vous pouvez expliquer le pourquoi du comment sur ce point précis ?

Laurent Chatenay

La référence sur ce point est la balance des paiements publiée tous les ans par l’IEOM.

Floyd

Bonne question en effet.

Rigoberto

Excellente contribution de Chatenay qui a le mérite de poser les vrais problèmes pour les dix prochaines années.
Laurent Chatenay, vous n’avez cependant pas pris position à propos de l’indexation, devra t’elle être maintenue ou devra t’elle disparaître d’après vous ?

Laurent Chatenay

Oui, c’est une omission volontaire, parce que la question mérite un développement historique et technique, pour éviter la simplicité et la facilité des arguments que l’on entend régulièrement sur le sujet. C’est un peu comme le sujet du nickel. Il faudrait un autre article. Mais sur la désindexation je vous conseille la lecture du rapport de Wasmer et David, professeurs d’économie émérites à science Po.

John D'Oeuf

Je veux bien un lien sur ce rapport !

Mouton noir

Belle analyse, merci. Malheureusement celle-ci se heurte à la vision court-termiste de nos politiques plus préoccupés par les considérations politiques et électorales que par une vision à long terme de ce que doit être la calédonie dans les 10 ans à venir.
Le chantier est immense.

Laurent Chatenay

Il y aurait tellement à dire sur le sujet!

M'enfin

Article très pertinent !

@ChauchatM

On revient aux réalités… La France a dégradé la compétitivité de la NC par clientélisme et faiblesse. Il faut revenir aux fondamentaux pour un petit pays d’Océanie de 260000 habitants. Qui osera le dire aux électeurs?

decennie

la pire chose que fait la france c’est de surpayer un usurpateur comme vous
trés trés cher monsieur Chauchat.

PANCHO

bravo ….decennie ..c’est un profiteur du système et il crache dans la soupe
le pays n’a pas besoin de ce type de ..FONCTIONNAIRE PROFITEUR !!!!

Franck Theriaux

Quelle incorrection et quel commentaire idiot !!!!

John d'Oeuf

Idiot mais pas faux. Beaucoup de gens bénéficiant de l’indexation ici prône la bonne parole mais dès qu’on parle de désindexation il y a une levée de bouclier générale… C’est pourtant une partie du problème (même si on ne peut pas tout résumer à ça)

decennie

si ce commentaire est idiot et que je fais preuve d’incorrection mon cher franck..appuis sur le bouton.
jusque la mr Chauchat n’a fait aucune preuve de ses compétences en économie et nous en fait une bien piètre démonstration sur nos écran ce qui me permet l'”usurpateur” et avoir les pires taux de réusite et les meilleurs salaires de toutes les universités française me fais dire qu’il ne mérite pas son sur-salaire…..qu’est ce qu’il y a de si incorrecte et idiot… si ce n’est ton commentaire

Floyd

Et ne pas jeter l’argent par les fenêtres en construisant des folies comme un aéroport Versace à Koutio avec l’argent des contribuables. Un aéroport qui ne servira qu’à la PIL à 95% où 99% de la population ne paie pas d’impôts sur le revenu. Y’a des limites à l’assistanat, non?

Encore une fausse bonne idée de développement économique de Yaya & Friends.

Mister Eric

” la PIL à 95% où 99% de la population ne paie pas d’impôts sur le revenu. Y’a des limites à l’assistanat, non? ”
———————————–

Eh bien, cela écrit par toi, ça me surprend.

Floyd

Ecoutes, même Chauchat et Bourriquet ont dit la même chose à la télé, alors je ne veux pas être plus royaliste que le roi.

Laurent de Coudenhove

T’inquiètes pas…
On va dans le mur mais en fait étant donné que c’est le lot de tous les pays industrialisés, on aura plein de copains et chacun pleurera sur l’épaule de l’autre…

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