Le Caillou vert clair ?

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La Nouvelle-Calédonie est un haut lieu de la biodiversité, avec une partie du lagon inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO, notre archipel révèle une diversité exceptionnelle d’espèces de poissons, de coraux, et ce dans un continuum allant de la mangrove aux herbiers.

Mais avec une activité nickel qui va s’amplifier dans les prochaines années, l’économie du pays va primer sur cette richesse naturelle qu’est notre biodiversité. Celle-ci est amenée dans les prochaines décennies à connaître de véritables bouleversements, notamment à cause du réchauffement climatique. On se souvient que lors de la campagne présidentielle de 2007, tous les candidats – dont le futur président Sarkozy – ont dû signer le pacte écologique de Nicolas Hulot. 2014 sera une année électorale mais aussi l’entrée à plein régime des deux usines métallurgiques. Cette mandature, la dernière de l’accord de Nouméa, va-t-elle prendre en considération le développement durable et être la mandature d’une véritable politique environnementale ? Rien n’est moins sûr.

A l’heure actuelle, un effort très net est conduit par les acteurs publics calédoniens, aux premiers desquels les trois provinces jouent un rôle majeur. Mais ils restent beaucoup à faire, tant en matière de politiques environnementales, que d’intégration des notions d’enjeux environnementaux et de développement durable dans les politiques publiques.

En Nouvelle-Calédonie, la compétence en matière d’environnement est très éclatée (comme souvent). Mais dans un souci de bonne coordination entre les divers acteurs publics, ceux-ci ont mis en places des actions coordonnées, qui souffrent malgré les bonnes volontés politiques d’un manque de textes en matière de répartition des compétences. Le droit de l’environnement est peu ou pas développé sur le « caillou » et la conformité au droit international insuffisante. Depuis 2004, la charte de l’environnement a été intégrée dans le bloc de constitutionnalité français, une charte qui est ici peu appliquée, notamment en matière du principe de pollueur-payeur, ou encore de l’accès au public à l’information environnementale. Après de longues années de gestation, les provinces Nord et Sud se sont chacune dotées d’un code de l’environnement.

En 2013, au regard de la fragilité de notre écosystème, les moyens alloués sont assez faibles en matière de gestion des déchets, de gestion de l’eau, d’assainissement et de maitrise de l’énergie, même si depuis quelques temps les pouvoirs publics et notamment quelques mairies, ont mis en place le tri sélectif. Les outils en matière d’analyse et de surveillance ne sont pas non plus légion, malgré la mise en place depuis quelques années de Scal-air et de l’ŒIL (l’observatoire de l’environnement en Nouvelle-Calédonie), ces deux principaux outils de diagnostic environnemental ne sont peu suffisants. Dernier évènement en date qui nous prouve que ces outils sont peu développés, avec la découverte de la rupture de l’émissaire marin du port de l’usine du Sud au canal de la Havannah.

La Nouvelle-Calédonie avec sa richesse tant au niveau de la faune que de la flore est comme tous les pays, attaquée par des espèces envahissantes, là encore nos politiques ont de grandes lacunes à combler. Les faiblesses des moyens déployés en matière de prévention ne sont pas assez développées. Avec une démographie galopante, les villes et notamment celle du Grand Nouméa ont connu un bouleversement dans leurs espaces. Dans un souci de subvenir aux besoins de leurs populations, les exécutifs municipaux ont eu la main facile pour l’obtention des permis de construire. Des littoraux ont été défigurés et le politique ne se soucie guère de la préservation de ce patrimoine naturel, ce qui est dommageable. Pour exemple la baie des citrons ou encore la diminution de la mangrove au Mont-Dore.

L’absence d’une politique globale de gestion de l’eau est patente. Sa mise en place est d’autant plus difficile du fait de l’imbroglio dans la répartition des rôles définis par les textes. Au niveau communal, les infrastructures d’adduction d’eau sont insuffisantes, ce qui provoque notamment dans le Nord d’importantes pénuries. Il existe un retard assez préoccupant au niveau de l’assainissement collectif et non collectif des eaux usées. La gestion de nos déchets reste encore un sujet préoccupant, les politiques publiques en la matière ont du retard, malgré le début de la structuration de certaines filières de traitement. Mais des lacunes restent encore à l’heure actuelle à combler, tel par exemple le manque de planification intercommunal.

La connaissance autour des risques naturels s’améliore progressivement notamment en matière de surveillance, d’information du public, ou encore en matière de connaissance des aléas. Même si en matière de sécurité civile il reste tout à faire avec dans quelques jours le transfert de cette compétence étatique à la Nouvelle-Calédonie. Or, selon certains organismes syndicaux, le territoire n’est pas encore prêt. Nos moyens en matière d’intervention seraient trop insuffisants…

Notre taux de dépendance énergétique est très élevé – autour des 96%. Il ne peut que s’aggraver dans les années à venir avec les deux nouvelles usines métallurgiques et la montée en capacité de la vieille dame de Nouméa. Le niveau d’émission de gaz à effet de serre va dépasser les 8 millions de tonnes équivalentes CO2, ce qui fera de la Nouvelle-Calédonie l’un des plus gros pollueur de la planète par habitant.

La Nouvelle-Calédonie reste bien en marge de ce phénomène de prise de conscience écologique, les acteurs politiques sont peu ou pas enclins à faire de l’environnement une véritable politique publique où les intérêts économiques et environnementaux seraient en symbiose et non pas comme à l’heure actuelle le premier qui domine le second. A l’aube de 2014, il est vital que les calédoniens prennent conscience que ce boom des usines va être néfaste pour notre écosystème.

Nous sommes désormais entrées dans la campagne électorale pour les municipales, et aucun des candidats n’a mis l’environnement au cœur de sa campagne, la sécurité étant le sujet prédominant. L’environnement ce n’est pas seulement un sujet de quelques-uns, de bobos ou d’hippies farfelus, c’est le sujet de tous les calédoniens, comme la gestion de nos institutions, la paix pour les générations futures, l’écologie dois être au cœur des prochaines politiques publiques de l’avenir pour que les générations futures puissent s’épanouir dans une Calédonie préservée et qui garde cette richesse naturelle qui fait de notre caillou un pays si particulier.

Du reste, sans développement économique harmonieux et respectueux de notre environnement – de notre mode de vie – aucune paix sociale ne sera tenable.

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Jeune internaute tout frais sorti d'un œuf de la discorde, Machiavel à la plume alerte des jeunes pousses. Techno-connecté, s'exprimant sur tous les réseaux sociaux, Machiavel représente cette génération 2.0 qui occupe naturellement le Net. Marqué à droite, ses premiers écrits tranchent avec le politiquement correct habituel en Calédonie. A n'en pas douter, au fil du temps, le plus jeune de nos contributeurs saura prendre sa place parmi les "grands".
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Sagamore

J’ai aussi souscrit au vieux discours du soit disant bluff climatique.
Ces explications pseudo scientifiques sont complètement dépassées en 2013. On en connait l’origine, les explications et les intérêts qu’elles dissimulent (et pourquoi ces arguments en sont rendus plus audibles, bla bla…)
En bref, il faut s’informer aux sources crédibles (CNRS, GIEC, OMS,…), et pas dans les Nouvelles, ni le Figaro ou autres… Héhé !

Bon Noël quand même

Sagamore

Je suis atterré du peu de commentaire que suscite cet article.
Il s’agit pourtant du futur proche de tous les calédoniens (iennes)
Après 1 siècle de colonisation-à-la-con, tomber dans dans le télé-crétin, l’emprunt revolving sur une île en voie de destruction métallurgique et climatique, ça n’est pas une fatalité !

Le risque environnemental local est beaucoup plus grave qu’une “indépendance” devenue obsolète face à la mondialisation libérale, asiatique et suicidaire…

(Je crois que la prochaine génération saura mieux décrypter les enjeux que nos décideurs encore formatés 1960 ! Ou elle foutra le camp si elle le peut…)

Franck Theriaux

Combien d’années de travail et combien d’argent coûterait le démontage de l’usine du sud ? J’me suis tjrs posé cette question.

Franck Theriaux

sans oublier combien cela rapporterait pour faire la balance

Sagamore

Pour connaître le prix du démontage de l’usine,
surveilles le prix du m2 constructible à son emplacement.
Les actionnaires n’attendent que ça… Héhé !

(la poussière, le bordel du matin, l’esthétique,…
l’actionnaire moyen s’en tape !)

cornaille

= discours d’EPLP tenu depuis des lustres… Enième reprise !
Bienvenue au “club” !
Martine Cornaille

josyp

Le sol, c’est la vie des hommes.
Le sous-sol, c’est leur mort.

Sagamore

[Entièrement d’accord avec le fond de cet article !]

Un pays qui accepte des tonnes d’acide sulfurique et de charbon
dans une paysage botanique unique et au centre-ville,
c’est un pays potentiellement capable d’accepter n’importe quoi
y compris devenir Nauru ou Nue en un demi-siècle maxi …

[Et sur d’autres options non industrielles
on reste vraiment des sous-développés de l’Environnement]

kaskooyou

Pour la réflexion du jeune machiavel

http://www.pensee-unique.fr/news.html#typh

Antoine

Chapeau bas Machiavel…

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