La Nouvelle Calédonie a définitivement abdiqué son droit de se doter d’une véritable stratégie nickel. Comme vous certainement, j’ai lu dans LNC des 17 et 19 septembre et vu à la télévision avant-hier et hier soir des reportages sur le partenariat entre MKM et le chinois JinPei pour construire une usine de nickel au Vanuatu. Il est difficile de s’étonner de beaucoup de choses de nos jours mais là, c’est quand même le fond du fond. Il ne s’agit pas de critiquer le partenariat qu’étudie cette société locale, elle en a parfaitement le droit. Il s’agit juste de dénoncer les monstrueuses bêtises véhiculées par les pouvoirs économiques et politiques sur le sujet depuis plusieurs années, et d’essayer de montrer à quel point elles font du mal au pays.
Deux choses me révulsent sur ce dossier : on va aller construire une usine à 800km de chez nous plutôt que chez nous pour traiter notre propre nickel, et surtout on va le faire « parce que c’est bien ».

Comment cela peut-il être considéré comme « bien » de délocaliser des usines de nickel, ailleurs qu’au pays de l’usine du nord ? Evidemment parce-que la SMSP veut le faire aussi, en Chine comme elle le fait déjà en Corée. Le but est extrêmement clair : pour gagner plus d’argent. Les coréens, chinois ou vanuatais travaillent plus et pour moins cher que les calédoniens. La justification industrielle, qui n’est compréhensible que par des grands pontes de l’industrie et pas par les médiocres calédoniens que nous sommes, est que les minerais utilisés, qualifiés de pauvres ou très pauvres en nickel, ne peuvent pas être traités ici.

La crasse de meule congénitale que je suis souhaite tout de même poser une question : si on la construisait ici, l’usine, est-ce que ces minerais resteraient inutilisables ? Si le fait de construire une usine exprès pour eux les rend valorisables ALORS POURQUOI C’EST PAS ICI QU’ON LA CONSTRUIT L’USINE ?

Très opportunément, la SMSP a eu l’immense à-propos de publier dans LNC d’hier sa page habituelle de propagande, avec de très beaux mots (création de valeur ajoutée « pendant un siècle ») et de très beaux chiffres (813 milliards CFP de retombées). Ils ont aussi mis de jolis graphes en couleur. Ils sont tellement bien ces graphes que j’en reproduis un ci-dessous :

la nc

On y voit le détail des retombées : entreprises, collectivités et salariés se partagent un gâteau titanesque de 813 milliards. Une autre question pour l’imbécile fini que je suis : si l’usine avait été au Vanuatu ou en Chine, qu’est-ce qu’il serait resté pour les calédoniens ? Le graphe ci-dessus nous donne la réponse. Entreprises chinoises : 58%, salariés vanuatais : 22%, collectivités coréennes : 20%. En clair Calédonie : 0. Reste du monde : 813 milliards.

Et tout ça dans un contexte où les politiques ont été incapables, à cause du geste fou des deux drapeaux puis de la politique de guérilla de Calédonie Ensemble en réaction, de voter une redevance minière. Tous les minerais qui vont partir en Chine et au Vanuatu ne seront donc pas taxés et notre richesse va quitter notre sol gratuitement pour développer d’autres pays.

Personne n’avait de soucis de fond sur cette redevance minière dont le texte a été présenté aux politiques du congrès il y-a déjà longtemps. Mais la majorité n’a pas pu être trouvée parce que les indépendantistes, qui y sont favorables sur le principe, avaient quand même une objection. « Bon la redevance, là, il faudrait que les usines qui sont à l’étranger mais quand même détenues en majorité par des calédoniens payent quand même moins que les autres voire rien, parce que c’est quand même de l’argent qui revient chez nous. » Je ne devrais même pas mentionner le fait que si on ne détient que 51% de l’usine offshore, seule la moitié du bénéfice revient et que donc en théorie il faudrait doubler la redevance minière pour que le pays ne soit pas perdant.

Mais l’idée derrière cela était bien qu’il ne fallait pas taxer la pauvre SMSP. Les autres oui, mais pas la SMSP. Il est vrai qu’à cette époque bien peu de gens savaient déjà que la SMSP ne payait pas ses autres impôts. Il serait donc intéressant de savoir si les politiques seraient aussi favorables au fait d’exonérer MKM et son usine vanuataise : après tout la définition d’usine offshore détenue par des intérêts calédoniens s’applique aussi à eux.

Personne n’a jamais dit à la SMSP qu’il ne fallait pas envoyer du minerai dans des usines offshore parce qu’on sait bien que les bénéfices de ces usines low-cost doivent permettre aux indépendantistes de dire qu’ils peuvent financer l’indépendance. Calédonie Ensemble appuie cette même politique parce que ce parti court après le Palika pour obtenir la possibilité de mieux contrôler la Calédonie ; après que le Rassemblement ait fait exactement la même chose avec l’UC et dans le même objectif.

Et tout ce qui en ressort pour les citoyens calédoniens, c’est un pays paralysé politiquement, des fortunes investies à l’étranger, dans des pays où on ne lève pas des impôts pour financer des mesures électoralistes, et où donc ça coûte moins cher de construire des usines de nickel. Mais au passage l’île de Santo aura été électrifiée grâce à la centrale de l’usine et des centaines de vanuatais auront été embauchés, et on pourra au-moins se dire que c’est grâce à nous. On est tellement au-dessus de ces petits impératifs de développement de pays émergents, nous les très riches calédoniens.

Un autre argument utilisé par ceux qui ne s’intéressent au sujet que pour se faire élire ou qui ont des intérêts personnels à véhiculer des contre-vérités est que l’argent des dividendes des usines offshore va servir à développer d’autres secteurs. Ces gens n’ont jamais dit quels secteurs ni comment, parce qu’ils n’en savent rien. Après 25 ans de politique de rééquilibrage, tout le monde s’est rendu compte que l’argent est loin d’être suffisant pour assurer le développement. On a un mal fou à faire du tourisme pour des raisons qui sont parfaitement connues mais qui n’ont jamais été traitées, des gens courent en rond en hurlant qu’il faut faire de l’économie bleue, de l’économie verte, du développement durable ou d’autres idées totalement creuses.

Et quand on arrive au bout de la route, que rien n’a été fait et que le pays n’a créé aucune valeur, on s’endette pour payer le fonctionnement des institutions et non leurs investissements, on augmente les impôts pour éponger les bêtises des politiques et on élargit les lois de défiscalisation à l’immobilier locatif pour que les promoteurs continuent à acheter des véhicules de luxe aux oligopoles de l’automobile.
Quand cela va-t-il s’arrêter ?

Magellan

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Magellan est un navigateur. Soucieux de regarder loin à l’horizon pour savoir dans quelle direction aller autant qu’à la verticale de la coque pour éviter les récifs, il observe avec curiosité. Eveillé récemment à la politique par plusieurs tempêtes, il s’interroge sur l’état du navire et sur la meilleure route à prendre. Ouvert à toutes les idées, pragmatique, avec une sensibilité particulière sur les sujets économiques, confiant dans l’équipage mais un peu moins dans la liste des capitaines possibles, il a pris le parti de se donner les moyens d’avoir ses propres opinions… et de les soumettre à la lecture des visiteurs de Calédosphère.
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didier
Le nickel n’est plus, sur un plan géostratégique, un métal de premier intérêt depuis que l’on sait traiter les minerais pauvres. Pour avoir été indirectement un acteur (Notamment avec Corail Vivant et le classement au patrimoine mondial depuis 1999) j’ai quelques idées là dessus toute personnelles : 1- Il y a eût une fiscalité du nickel à 3% à l’export. qui s’est arrêtée dans les années 1970 (Émergence de Front Indépendantiste) 2 – La garniérite est le seul minerai rentable avec une sidérurgie sur place (Bon salaires, fiscalité, droit du travail et à la protection sociale) 3- jusqu’en 1988 tout… Read more »
père béber

Après ces 2 liens vous comprenez pourquoi lachinecherche à échapper à l’étau indonésien et pourquoi les cours du métal ont regrimpé

père béber

autre lecturehttp://www.la1ere.fr/2014/07/18/noumea-respire-l-embargo-indonesien-va-durer-170181.html

père béber

vérité  javanaise erreur lokalehttp://quotidienne-agora.fr/2014/06/04/nickel-indonesie-etain/

Franck

superbe article. BRAVO !

Floyd

L’UC se dit CONTRE les exportations de minerai, c’est du « faites ce que je dis et pas ce que je fais. » 

gil

Une belle analyse.  Sans doute aussi  que les chinois ont vu ce qui se passent a goro et a koniambo en terme de problème techniques et surcouts financiers. On pourrait ecrire des pages entieres sur tous les inconvénients de la nouvelle  caledonie pour des industriels surtout ceux qui veulent faire plus de profits que de gestion de l’environnement durable. 

Laurent

« pour des industriels surtout ceux qui veulent faire plus de profits que de gestion de l’environnement durable » c’est a dire 99%. Ils feront du developpement responsable (pas durable, faut pas rever) quand on les obligera, pas avant. Et faut pas compter sur les comparses politiques pour ca…

nam

Je pourrais savoir pourquoi je suis censuré depuis hier: 5 interventions  dont ma réponse à inforétif, , mes commentaires sur Mai & Co ?

Toiroro
Clark

tu disais???

Clark
Les Chinois vont construire une usine, et une belle centrale électrique dont les normes de sécurité et de propreté seront le dixième de ce qu’on refuse à Nouméa.. L’usine sera sur un modèle pitoyable, et tout sera tiré vers le bas. Alors oui: vu l’état actuel de l’économie Vanuataise: c’est toujours mieux que rien… Pour en être rendus à accepter une usine dégueulasse comme ça sur leur territoire: il faut être au bord du gouffre… On nous explique que ce procédé va tirer du nickel d’un tas de déchets… Il y a donc forcément un pourcentage très très très faible… Read more »
Rigoberto

Tu vois Clark, c’est la même merde qui servira au Vanuatu qui a servi à construire l’usine du Nord : »Pour se rendre compte de l’avancement de ce grand chantier, une dizaine de  membres du CRT ont fait au mois d’avril le voyage jusqu’en…Chine ! C’est en effet très loin de la Nouvelle-Calédonie que se dessine le profil de la future usine. Les différents modules qui la constituent, ainsi  que sa centrale thermique, sont actuellement fabriqués au Nord de Shanghai. Une fois terminés, ceux-ci seront acheminés jusqu’à Vavouto, et assemblés sur place. »

gil

On a vu comment ca s est passé a vavouto,  une usine meme clef en main c’est des soucis a démarrer.  Je me demande comment ils vont faire en terme d emploi local. 

Clark

En fait, tu es en train de nous dire que la seule usine qui tienne le coup c’est celle de Doniambo? là je suis d’accord…

Rigoberto

Four Demag oblige, qualité allemande, c’est quand même autre chose que le matériel chinois.

Clark

Parce que tu penses que ce sont les même normes qui seront appliquées à Santo et à Vavouto? Déjà, pour extraire du Nickel des minerais pauvres, il va falloir une usine techniquement différente… Celle de Vavouto est relativement classique, donc sans surprise… De toutes façons Rigo: tu défends l’indéfendable… Tais-toi donc: l’usine de Corée et l’usine du Vanuatu sont des scandales…

Rigoberto

La centrale thermique de Vavouto fabriquée en Chine et payée au prix allemand ne fonctionne toujours pas et un four fabriqué en Chine et payé au prix allemand a explosé il y a trois jours dans cette même usine. Pas besoin de dénigrer le Vanuatu, mieux vaut balayer devant notre porte.

Kanaky ? et bien a nous !!!
Kanaky ? et bien a nous !!!

deux exemples et deux mensonges. balayons ton commentaire….

gil

Il s est passé quoi a vavouto? Vu le black out ou l’auto censure  des medias officiels  sur tout ce qui passe a l usine du nord des qu’il y a des problèmes

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