Jeu de dupes avant les provinciales

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gobelet

Mettez une solution institutionnelle sous un gobelet. Ajoutez à côté deux autres gobelets sous lesquels il n’y-a rien. Faites tourner les gobelets. Où est la solution institutionnelle ? La réponse un peu plus loin.

Cette question institutionnelle est une grande énigme calédonienne. Comme le chat de Schrödinger enfermé dans sa boîte quantique, cette solution n’est ni vivante ni morte, ou bien vivante et morte en même temps, ou bien encore morte ici mais vivante dans un univers parallèle. Bref on n’en sait rien, sinon que ça a l’air très compliqué.

Et nos partis politiques sont devenus très habiles dans l’art de nous faire croire que la solution institutionnelle se trouve sous leur gobelet. Mais vous avez peut-être déjà vu ce jeu du bonneteau ? La bille ne se trouve jamais où vous l’attendez, même si vous vous concentrez sur les gobelets quand ils bougent.

Posons-nous d’abord les bonnes questions. L’existence de la « solution » institutionnelle suppose l’existence d’un « problème ». Et l’existence d’une solution institutionnelle unique et partagée suppose l’existence d’un problème unique et partagé. A ce stade déjà, rien ne va plus, puisque chacun veut aller dans sa propre direction : il y-a deux problèmes, et au-moins deux solutions.

A ce jour, nous avons déjà essayé la solution la plus évidente, qui consistait à « requalifier » le problème. La revendication indépendantiste étant née sur le terreau des inégalités sociales, et chacun sachant bien que l’indépendance ne va se traduire que par un appauvrissement supplémentaire du pays, nous avons essayé le rééquilibrage, la clé de répartition, 400 cadres, l’usine du Nord. Cela n’a pas fonctionné, sur un plan politique s’entend. Les uns veulent toujours l’indépendance et les autres n’ont pas été rassurés sur la capacité du pays à prendre en charge tous les attributs d’un pays souverain en continuant à offrir les mêmes opportunités à la population.

Donc nous n’avons pas réussi à faire évoluer la notion de problème. Il ne nous reste que le travail sur les solutions.

Le Rassemblement propose un « 3ème accord » dans lequel ils veulent mettre un corps électoral glissant, une reconnaissance du statut particulier de la Nouvelle Calédonie dans la constitution et une clé de répartition calquée sur la population. Mais cet accord devra être obtenu après discussion avec les indépendantistes. L’idée est d’éviter un « référendum couperet qui ne réglerait rien ». Un avenir institutionnel apaisé, stable et pas de risque de référendum, on ne peut qu’être d’accord a priori (là je mets la bille sous le gobelet du Rassemblement).

Calédonie Ensemble partage la vision d’un référendum couperet qui « dresserait inévitablement les calédoniens les uns contre les autres », mais affirme que jamais le FLNKS n’accepterait autre chose que l’indépendance-association si une solution devait être recherchée pour qu’il n’y-ait pas de référendum du tout. Et cela aussi paraît plutôt raisonnable : après 40 ans de combat politique et une période de violences, les indépendantistes arrivent au bout de la route, à un vote qu’ils ont demandé au travers de l’accord de Nouméa et qui peut leur donner enfin leur objectif politique de toujours. Pourquoi renonceraient-ils si près du but ? Pour éviter cela, Calédonie Ensemble refuse d’aller au référendum qui aboutirait à un « néant institutionnel » mais demande un « nouvel accord politique » définissant les projets de chacun, pour que chacun aille au référendum de manière « apaisée » (là je mets la bille sous le gobelet de Calédonie Ensemble).

L’Union pour la Calédonie dans la France pose l’objectif d’aboutir à un cadre institutionnel stable de la Nouvelle Calédonie, pour « assurer une autonomie maîtrisée de la Nouvelle Calédonie dans la France ». Pour cela, l’UCF estime aussi qu’il est impératif de négocier sereinement avec les indépendantistes un nouvel accord et de soumettre cet accord, qui serait partagé politiquement, au vote des calédoniens. Le référendum ne serait plus alors pour ou contre l’indépendance mais pour ou contre un accord politique déjà négocié. Cet accord permettrait à la Nouvelle Calédonie de « vivre pleinement sa spécificité dans la France », en rendant le corps électoral glissant, en ne prenant en charge que les transferts de compétence que la Calédonie peut assumer et en recherchant – enfin – un drapeau commun. Mais si aucun accord ne pouvait être trouvé, il faudrait alors aller au référendum que l’accord de Nouméa impose, tout en maintenant le dialogue avec les indépendantistes au lendemain du scrutin. Tout cela constitue un déroulé logique qui affiche clairement les objectifs recherchés, prévoit tous les cas de figure et institue le dialogue comme principe général (là je mets la bille sous le gobelet de l’UCF).

Il nous faut maintenant faire le bilan et choisir quel gobelet soulever pour vérifier si la solution institutionnelle s’y trouve. Le problème c’est que les gobelets ont beaucoup bougé, et qu’ils se ressemblent tous en plus ! Les similitudes sont d’ailleurs très remarquables, presque troublantes quand on prend le temps d’y réfléchir.

Tout le monde dit vouloir éviter le référendum couperet, mais il devra pourtant avoir lieu dans toutes les solutions proposées, l’accord de Nouméa ne laissant aucune latitude à personne sur ce sujet ! Il y-a là du marketing politique qui frise l’escroquerie, l’idée étant de dire aux électeurs en mode subliminal « votez pour moi, il n’y-aura pas de violences ». A ce jeu la palme va à Calédonie Ensemble, qui parle de « chaos » et de « néant » si le référendum avait lieu, mais qui affirme –probablement avec justesse – qu’aucun accord autre que portant sur l’indépendance n’emportera l’adhésion du FLNKS. En substance il est dit dans le même programme que le référendum c’est le chaos, mais qu’il est inévitable ! Il est dit en plus que le fait de détailler les projets par écrit va enlever son poids à un scrutin qui posera de toute façon la question de l’indépendance. Mais comment pourrait-on se sentir « apaisé » le jour où le pays tout entier va aller voter pour ou contre l’indépendance ? Les calédoniens ont-ils vraiment besoin d’être « éclairés » pour se rendre compte que l’indépendance va ôter toute capacité de développement harmonieux au pays ? Les indépendantistes ont-ils vraiment besoin de lire des détails techniques, tels la nécessité d’une assemblée constituante proposée par l’UC, pour vouloir l’indépendance ou en abandonner l’idée ?

Le seul moyen d’éviter le référendum est de trouver une solution qui convienne à tout le monde. Dans notre contexte, aussi proches de l’indépendance politique – au suffrage universel près, tout de même ! – rien d’autre ne sera négociable pour les indépendantistes, sinon ils renieraient leur combat politique de 40 ans. CE et l’UCF l’ont compris, le Rassemblement par contre ne dit absolument rien à ce sujet et laisse même entendre qu’il pourrait obtenir un autre accord. Oups, pas de bille sous le gobelet de ce parti. Je me disais aussi, ça semblait trop facile.

Puisque le référendum doit avoir lieu dans tous les cas, il faut l’inscrire dans un projet qui en dépasse l’horizon. Pour Calédonie Ensemble, ce projet s’arrête à la notion d’éclairage, il n’en dépasse absolument pas l’horizon. Cet éclairage est d’ailleurs totalement absent de leur programme, dans lequel il n’y-a pas une seule ligne sur ce que ce parti politique va aller négocier avec les indépendantistes au lendemain des élections. Il faut aller à la dernière page du programme pour lire que CE est favorable, éventuellement, à un rééquilibrage financier entre le Nord et le Sud pour permettre à la Province Sud de continuer à assumer ses compétences. Rien sur la citoyenneté, rien sur le corps électoral, rien sur les futures institutions. Si vous soulevez le gobelet, vous ne trouvez pas de proposition institutionnelle, vous trouvez un chèque en blanc. Il n’y-a donc pas de vision d’avenir sous ce gobelet-là non plus.

Pour l’UCF, il s’agit de négocier d’abord en affichant son projet. Aussi difficile que cela soit dans la dernière mandature de l’accord de Nouméa, le fait de demander à négocier d’égal à égal avant un scrutin déterminant, c’est infiniment plus moral et plus humain que de donner leur propre drapeau à des gens qui ont prouvé depuis longtemps qu’ils n’avaient besoin de personne pour prendre en main leur destin politique. C’est un véritable éclairage, puisque l’on sait ce pour quoi on vote, et c’est aussi infiniment plus sécurisant, puisque la négociation commence avant le résultat du scrutin d’autodétermination, et que les demandes resteront exactement les mêmes après.

Si le résultat leur est défavorable, les indépendantistes se souviendront de la volonté de dialogue. S’il leur est favorable, ils s’en souviendront aussi. Mais dans tous les cas, on sait où on va. Et ça fait toute la différence.

Magellan

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Magellan est un navigateur. Soucieux de regarder loin à l’horizon pour savoir dans quelle direction aller autant qu’à la verticale de la coque pour éviter les récifs, il observe avec curiosité. Eveillé récemment à la politique par plusieurs tempêtes, il s’interroge sur l’état du navire et sur la meilleure route à prendre. Ouvert à toutes les idées, pragmatique, avec une sensibilité particulière sur les sujets économiques, confiant dans l’équipage mais un peu moins dans la liste des capitaines possibles, il a pris le parti de se donner les moyens d’avoir ses propres opinions… et de les soumettre à la lecture des visiteurs de Calédosphère.
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Pére Béber
@Magellan mais de quoi parle ton d’après vous? Dans ma vie j’ai eu tort d’avoir raison souvent avant les autres… Vous parlez d’ADN , de solution nouvelle, qui passe par l’idée que les canaques vont faire marche arrière et accepteront de renoncer à leurs fonds de commerce.Le seul accord qu’il pourrait accepter c’est qu’au terme d’un nouveau délai de 20 à 30ans les clefs du pays leur soient remises sans autre forme de procès pour appliquer la charte adoptée par 100 % des représentants différentes aires coutumières. il n’y a qu’un moyen d’empêcher une Republique kanaky /kanakière c’est que tous… Read more »
decennie

c’est bien le consensualisme c’est vrai mais, avez vous entendu un politique indépendantiste proche de cette solution ….moi jamais……………je ne vois toujours pas de bille sous ton gobelet même en l’éclairant.

Maender
Une analyse qui dit tout haut ce que beaucoup pensent tout bas. Philippe Gomès ne s’est pas imposé par ses idées, soyons sérieux il n’en a pas. Il s’est imposé par sa personnalité. Il a compris depuis longtemps que les gens voteraient pour celui qui dirait ce qu’ils veulent entendre. Résultat, nous avons un homme politique à la ligne politique décousue, qui dit tantot blanc, tantot noir, mais qui a su monter un organe de communication suffisament efficace pour occuper l’espace et ne pas laisser ses contradictions éclater au grand jour. Pourtant, de la part d’une personne qu’on ne saurait… Read more »
libertad

ca y est Maender, ton mentor t’as transmis sa loose? Tu deviens enfin lucide sur votre defaite annoncée et qui se rapproche a grands pas. Plus que 96 heures.. tic tactic tac

Maender

Je ne suis pas devin, hélàs, pour savoir ce que chacun peut prétendre comme sièges, mais si CE venait à avoir une majorité, ce ne serait certainement pas un victoire.

Le seul avantage serait de voir ce parti exploser en vol, lorsque tt ceux à qui Gomès a promis quelque chose, qu’ils se rendront compte qu’ils ont été manipulés 🙂

libertad

Maender, ca y est tu as perdu???

Maender

Lol, rêve, quelque soit le résultat, je n’y vois que des avantages 😉

Mimine de VOH

Rêvez, rêvez, Maender… pendant ce temps nous avançons… à dimanche et dans 5 ans !

Saladin
Il manque juste un petit paragraphe pour parfaire le post de Magellan : Si le non au référendum l’emporte, on n’est pas dans le néant comme certains veulent nous le faire croire. Nous avons des institutions qui fonctionnent et qui ne prennent pas fin avec l’accord de Nouméa. Nous avons également une représentation à la proportionnelle qui permet aux minoritaires de participer aux affaires (et ça, c’est assez singulier dans les démocraties modernes). Nous avons également des provinces autonomes … Bref, loin du chaos avec menace de guerre décrit par certains. Et en plus, on permet aux indépendantistes d’aller au… Read more »
Calcyt
Ben non, pas point barre, puisqu’au dessus vous écrivez : ” ils ( les indépendantistes) gardent donc la possibilité de reposer la question plus tard ( celle de l’indépendance). On peut même le prévoir dans les discussions qui s’ouvriront ( après le triple référendum).” En pratique, à l’UCF vous prévoyez donc de négocier avec les indépendantistes de nouveaux référendums après ceux prévus dans le point 5 de l’ADN, dans le cadre du fameux : “discussion de la situation ainsi créée”. C’est l’idée, déclinée par Sonia B. lors du débat sur Koodji, de ” référendums générationnels”, et c’est bien votre droit… Read more »
Pére Béber
Belle analyse fausse… y a pas de solution négociée avant… pourquoi voulez vous que les indépendantistes acceptent un corps électoral glissant..ils font tout le contraire en essayant de radier 6000 personnes et la charte va plus loin t’es kanak ou pas kanak…si t’ es kanak tu votes si t’es pas kanak tu votes pas ,tu attends qu’on te dise quoi faire Vous ne comprenez pas ce qui se passe sous vos yeux Les solutions ADN sont dépassées…. les kanaks s’inscrivent au delà de ce processus… il ne reste qu’une seule chance aux non canaques: faire un projet multiracial indépendantiste avec… Read more »
Calboche

MDR !

Franck

super visuel !

Richard guindez
Mais lors du débat, la tête de liste de l’UCF s’est bien exclamée” Ecoutez Mr Wamytan, il ne veut plus rien négocier! Il n’ y a plus rien à négocier avec les indépendantistes!” On peut donc dire avec réalisme, au vu des différents temps forts de la campagne de ce parti, qu’il y a deux discours: – Le. Premier, manisfestement destiné aux nouméens des quartiers Sud, dit : ” Un référendum au plus vite, pour bien montrer à la Calédonie qu’entière elle veut rester dans le cocon protecteur de la France, et après on négocie avec des indépendantistes écrasés par… Read more »
Calcyt

Lors de ce même débat, Sonia B. a effectivement clamé haut et fort que c’en était fini des concessions aux indépendantistes, tout en proposant, après les trois prévus par l’ADN, un référendum “générationnel ” tous les vingt ans… Étonnamment, du côté de l’Union pour le Crédit et la Finance, on ne communique pas trop sur le concept…

Libertad

un referendum eclairé?

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